Actualités Apsia
29 déc. 2014

L’ALM doit-il être considéré comme un centre de profit ?

Devenue incontournable depuis la crise des caisses d’épargne américaines dans les années 80, la Gestion Actif – Passif ou Asset – Liability Management (ALM) s’impose depuis 30 ans en tant que fonction garante de la rentabilité d’une banque par le contrôle qu’elle exerce sur les risques de taux et de liquidité. Quel est le véritable objectif de l’ALM ? Est-il d’optimiser voire d’augmenter le résultat de la banque ou simplement de préserver la pérennité d’un établissement (comprendre ‘rentabilité’) ?

La nuance peut paraître anodine mais elle est déterminante pour le statut de cette activité. Dans un cas nous nous trouvons dans une configuration où l’ALM est l'engrenage d’un dispositif de suivi et de prévention du risque. Dans l’autre, la fonction devient un moteur de rentabilité qui mériterait d’être perçu comme tel. Ce sujet est aujourd’hui très peu couvert par les publications des professionnels.

Les études de l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution) sur le sujet indiquent que, sur l’ensemble des établissements bancaires français, l’ALM n’est pas considérée comme un centre de profit en tant que tel. Les résultats dégagés par la fonction sont généralement redistribués aux différents pôles d’activité ou centres d’affaires qui portent les opérations. Le profit réellement généré par l’activité est donc difficilement identifiable, ne figurant pas dans les états publiés par les banques.

 

La gestion du risque de taux doit-elle être une activité nécessairement rentable ?

Analysons dans un premier temps la situation sur le plan des indicateurs les plus courants de l’ALM. Les études les plus récentes du CEBS (Comités Européens des Superviseurs Bancaires) encouragent à se focaliser sur les indicateurs les plus évidents de la variation de taux que sont la marge nette d’intérêt (MNI) et la valeur actualisée nette (VAN). Pourquoi la marge nette d’intérêts : principalement parce que c’est l’indicateur sur lequel l’impact d’une variation de taux court terme est le plus évident.

La stratégie de couverture gagnante pour l’ALM est celle qui maximise la MNI, donc la rentabilité.

En s’appuyant sur la rentabilité comme principal indicateur, le dispositif encense la capacité de la fonction à générer du profit. Les politiques de couverture sont mises en place sur décision de l’ALM qui décide quel risque couvrir, usant des produits dérivés bien connus des marchés : caps, floors, swaps…

Aujourd’hui, la fonction est susceptible de générer du résultat dans le cas d’une gestion efficiente des impasses de taux. Evidemment les opérations à l’origine de ce résultat ont pour principal objectif de couvrir le risque de taux.

Nous devons souligner que l’activité bénéficie actuellement d’un contexte économique sans précédent. Depuis deux ans les taux de refinancement sont à un niveau historiquement bas (voir figure 1), ils ont même baissé bien plus vite que les taux des prêts. Cette situation a sans conteste contribué à améliorer les performances de l’ALM en matière de gestion du risque de taux.

 

Figure 1. Taux de refinancement de la Banque Centrale Européenne

Fig 1 

 

L’enjeu pour les prochaines années est de savoir si les banques et leurs modèles d’anticipations des risques parviendront à s’adapter à un retournement de situation des taux bas vers des taux « normaux ».

 

Qu’en est-il de la gestion du risque de liquidité ?

Nous nous trouvons actuellement dans un contexte de démarrage des programmes d’implémentation de Bâle III. La crise financière de 2008 s’est avérée être une crise de la liquidité qui a donné lieu à l’élaboration du nouveau cadre réglementaire et la définition de nouveaux indicateurs déclaratifs, notamment le LCR (Liquidity Coverage Ratio) et le NSFR (Net Stable Funding Ratio).

La gestion du risque de liquidité apparaît dans un premier temps comme un frein à la rentabilité des établissements. Les organismes bancaires pointent notamment du doigt le niveau d’actifs liquides à mobiliser pour réaliser les opérations de financement et de marché en respectant le niveau requis sur ces ratios.

Cela étant, nous ne sommes encore que dans une phase transitoire de mise en application de la norme. A terme, est-ce que la gestion du risque de liquidité entravera réellement la capacité de l’ALM à générer du résultat ?

Fort heureusement pour eux, les établissements de crédit ont appris à s’adapter à la réglementation voire à en tirer parti. Les groupes bancaires les plus entreprenants posent plutôt la question en ces termes : « Comment transformer les processus de suivi des risques contraignants en avantage concurrentiel ? »

Là où l’on voit en premier lieu une nouvelle contrainte imposée par le régulateur, ne peut-on entrevoir une nouvelle opportunité d’affiner la stratégie de la Banque ?

L’expérience de ces dernières années sur les chantiers réglementaires prouve le contraire. Nous pouvons notamment citer l’exemple du calcul du RWA (Risk Weigted Asset). Implémenté dans le cadre de Bâle II, le RWA nous démontre la capacité des banques à rebondir en dépit des contraintes réglementaires et laisse présager que les établissements sauront contourner cette difficulté. En effet, au-delà de la surveillance du niveau minimum de fonds propres, cet indice réglementaire est également utilisé chez certains établissements pour produire des indicateurs sur le niveau de fonds propres consommés par tranche d’activité de la Banque. Le décideur dispose ainsi d’un nouvel élément pour ajuster sa stratégie voire faire évoluer le modèle de la banque.

Voici un exemple concernant la liquidité : sur la base des données utilisées pour la production de ratios réglementaires, il va sans dire que des statistiques seront produites sur le niveau d’actifs liquides requis pour chaque activité de la banque (financements locaux, internationaux, activités de marché,…).

Dès lors nous pouvons envisager l’avènement de nouveaux indicateurs clés grâce auxquels le décideur aura une vision claire des activités les plus consommatrices en liquidité qu’il pourra placer face à leur rentabilité.

Des résultats optimisés par le système d’informations (SI).

La discipline de l’ALM est née de la nécessité pour les banques de suivre les risques de taux et de liquidité auxquels sont exposées les banques par nature dans le cadre de leur activité. Cependant le modèle d’anticipation le plus fiable n’est pas d’une grande utilité s’il ne peut être exploité efficacement.

Le système d’informations (SI) est la clé de voute du dispositif de contrôle des risques et le moyen d’exploiter ces modèles  d’anticipations et indicateurs clés. C’est à ce niveau que se situe le véritable enjeu des chantiers réglementaires actuels.

Le système doit permettre deux choses essentielles. D’une part la capacité à produire les états déclaratifs du régulateur dans les délais impartis. Le ratio LCR par exemple devra être produit à une fréquence a minima hebdomadaire sur la base de données intraday. Ce premier facteur implique donc déjà un véritable choix d’architecture. D’autre part l’information transmise par le système doit être facilement appréhendable par le décideur et les métiers. Des décisions d’ordre stratégique et tactique doivent en découler. La démarche du choix du SI  s’inscrit par conséquent dans une quête d’une excellence opérationnelle.

L’établissement doit être en mesure de s’appuyer sur un SI capable d’orienter ses choix et son modèle de gestion.

L’enjeu du SI est d’autant plus important qu’un retournement des taux est actuellement redouté et que les travaux réglementaires liés à la liquidité feront l’actualité jusqu’à la fin de cette décennie.

 

Sources : 

Figures Magazine, BNP Paribas, Septembre 2012

Le risque de taux d’intérêt dans le système bancaire français, Jean-Luc Quémard et Valérie Golitin, 2005

Principles for the Management and Supervision of Interest Rate Risk, Basel Comitee on Banking Supervision, 2004

Risks and Vulnerabilities in the EU Financial System, European Banking Authority, 2013

Analyse de la crise des savings and loans, Khalil Khabbaz, 2006

Bâle III : dispositif réglementaire mondial visant à renforcer la résilience des établissements et systèmes bancaires – version révisée, Banque des règlements internationaux, 2011

http://fr.global-rates.com

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